Fous de Facebook

Crédit photo : askideas.com

Par Olena Harasymowycz

Des études récentes démontrent une corrélation entre le temps d’utilisation des médias sociaux et le risque de souffrir de dépression et d’anxiété. En outre, certains chercheurs préviennent que ces sites détiennent toutes les caractéristiques d’une substance addictive. Ce risque s’accroit particulièrement chez les jeunes. Devrait-on alors règlementer ces plateformes?

80 % des jeunes du secondaire utilisent les médias sociaux, dont 36 % entre deux et quatre heures par jour et 11 % plus de cinq heures par jour. Il existe une corrélation significative entre le nombre d’heures passées quotidiennement sur les médias sociaux et les indicateurs de la santé mentale. Plus l’étudiant utilise les médias sociaux, plus la probabilité de troubles de santé mentale, tels que l’anxiété et la dépression, risque d’augmenter. Pourquoi les jeunes forment-ils une population plus vulnérable?

La séduction et les pièges des médias sociaux

Tout d’abord, une étude de l’Université Harvard conclut que la divulgation de soi active les centres de plaisir du cerveau. Sous cette optique, Facebook devient une plateforme instantanée de récompense. Toutefois, ce comportement peut mener au partage à outrance de nos renseignements personnels.

Ensuite, c’est un espace social de rassemblement avec des informations sur les activités, les vies et les évènements de nos contacts. Facebook facilite la connexion entre nous et nos amis et peut devenir une source de dépendance et installer en nous une peur de perdre une information jugée importante.

Le contrôle de notre identité digitale par la gestion de notre image est un autre facteur attirant. Nous pouvons filtrer tous nos affichages pour représenter nos vies à notre goût. Les utilisateurs apprennent comment ils peuvent solliciter plus de réponses selon les retombées de leurs affichages et, en conséquence, modifient consciemment ou non leur comportement en ligne.

Enfin, les nouvelles alertes (icônes démontrant des nouveautés sur le fil de nouvelles) agissent comme des récompenses. La fréquence de celles-ci étant imprévisible, l’internaute consulte le site à répétition pour les découvrir. Il peut même modifier ses paramètres pour recevoir des alertes instantanées sur son appareil mobile rendant la frontière floue entre nos vies réelles et virtuelles.

 Pourquoi les jeunes sont-ils plus vulnérables?

De façon générale, l’estime de soi chute pendant l’adolescence, les jeunes se soucient davantage du jugement des autres et sont plus susceptibles de se comparer. D’une part, l’utilisation passive pour observer la vie filtrée de ses amis peut créer ou amplifier un sentiment d’infériorité.

D’autre part, l’utilisation active d’affichage nourrit le désir omniprésent d’acceptation sociale. Les utilisateurs apprennent à gérer et à afficher leur image pour solliciter plus de réponses favorables. Cette quête d’approbation par leurs pairs augmente le désir d’être inclus dans toutes les facettes sociales de leur entourage immédiat et amplifie la peur de manquer des informations et des évènements perçus comme importants.

La vaste portée du contenu aggrave les répercussions néfastes : un réseau étendu multiplie les probabilités de commentaires négatifs, de jugement et même de harcèlement. D’ailleurs, si le harcèlement exerce sous toutes ses formes un effet nuisible, c’est pire encore dans un tel contexte d’amplification.

L’Université de Technologie de Dalian en Chine mène une étude en 2013 et conclut que trois facteurs déterminent la possibilité de dépendance aux médias sociaux chez les jeunes. Le premier critère est la facilité d’utilisation de l’interface. Sur ce point, Facebook se dépasse en incitant les utilisateurs à s’engager davantage. Le deuxième facteur est le degré d’espérance de résultats favorables, allant de l’impression de créer des relations interpersonnelles au sentiment de rapprochement avec leurs amis en ligne. Le troisième facteur est un trait d’impulsivité élevé.

Nous comprenons à ce jour que plusieurs facteurs développementaux convergent pour augmenter la probabilité de troubles mentaux chez les jeunes qui utilisent excessivement les réseaux sociaux. En revanche, la majorité des études disponibles sont des analyses transversales où l’on observe la population ou un sous-ensemble pendant un moment précis dans le temps pour ensuite relever des corrélations. Toutefois, la corrélation n’équivaut pas à la causalité. Par exemple, il se peut qu’une utilisation excessive de Facebook mène à la dépression, mais il se peut aussi que les personnes dépressives passent plus de temps sur Facebook.

L’accessibilité et le temps d’utilisation sont deux facteurs sociétaux existants qui nuiraient à nos jeunes. Devrions-nous alors réglementer ces aspects pour limiter le dommage potentiel et repousser l’âge minimum d’accès aux réseaux sociaux de 13 à 16 ans?

En 2015, un plan de l’Union européenne (UE) visant à interdire aux enfants de moins de 16 ans l’accès aux réseaux sociaux, à moins que les parents y consentent, a été mis sur pied puis abandonné. En effet, le lobbying intensif des firmes technologiques souligne la difficulté d’appliquer des contrôles et prive les jeunes des bénéfices du réseautage. D’autre part, la pression du Royaume-Uni contrecarre le plan de l’UE. Finalement, l’UE a adopté de nouvelles lois sur la protection des données permettant à chaque membre de l’association de fixer ses propres balises.

Ainsi, même si une causalité n’est pas démontrée entre le temps d’utilisation des médias sociaux et une souffrance mentale, le risque est présent. Une vigilance par rapport à leur accessibilité et à leur temps d’utilisation relève alors de la responsabilité des parents et de l’éducation reçue dans nos écoles. La sensibilisation et l’éducation chez les jeunes pourraient en effet les aider à développer une prise de conscience du risque et ainsi diminuer l’emprise des effets néfastes des médias sociaux.

 

 

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