Vidéoclip en mutation : le milieu de la production s’adapte aux nouvelles normes

par Jean-Philippe Hugues

Le vidéoclip disparaît des téléviseurs sans grand émoi. Le CRTC assénait le coup de grâce le 31 mai dernier en retirant à Groupe V Média l’obligation de diffuser de la musique sur sa chaîne spécialisée, MusiquePlus. Depuis 5 ans, une vague de fond redéfinit l’univers du clip au Québec.

Le vidéoclip sert de « média-école » pour la relève en production selon Marybel Bouvrette, directrice de production chez Roméo et Fils. Le journaliste Jean-Philippe Hughes jette un coup d’oeil derrière les rideaux du clip de Jeter un sort, interprétée par Coeur de Pirate et Alex Nevsky. (durée: 2:07)

France-Aimy Tremblay, directrice du département vidéoclip et associée pour la boîte de production Roméo et Fils, observe que le marché du clip était laissé à lui-même il y a 5 ans, au moment de fonder son entreprise. « On voulait traiter le vidéoclip au même niveau que la publicité, avec des processus de production. »

La start-up est un franc succès.  « On ne pensait pas que la compagnie rayonnerait aussi rapidement, souligne France-Aimy. On s’est adapté pour survivre à cette croissance intense. »

« Beaucoup moins de gens les partagent »

Le clip Lite Spots du Dj montréalais Kaytranada, réalisé par Martin C. Pariseau et produit chez Roméo et Fils, a dépassé les 3 millions de clics sur Youtube. Le magazine Rolling Stones l’a d’ailleurs classé deuxième meilleur vidéo de 2016.

Youtube voit aujourd’hui sa position hégémonique de diffuseur musical contre-carrée par son rival, Facebook,  qui développe sa propre plateforme de contenu vidéo. Un combat de titans qui force les maisons de disque à repenser leur stratégie numérique.

« Il y a tellement de visuel et de vidéos qui sortent sur le web, beaucoup moins de gens les partagent », remarque France-Aimy au sujet de cette transition débutée il y a 2 ans.
(Durée de l’extrait : 1:00)

La production de vidéoclips, une excellente école

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La production de vidéoclips, une excellente école

15 août 2017

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CRTC et AQTIS : des bâtons dans les roues

Depuis la récente décision du CRTC, les câblodistributeurs à vocation musicale sont soustraits de leur rôle subventionnaire, par le truchement du Fonds Remstar et de MuchFACT, dont l’avenir est incertain. Ces subventions, les artistes canadiens devaient contracter une boîte de production locale pour les obtenir, protégeant ainsi le marché.

Sur les plateaux de tournage aussi, le vent tourne. « En clip, c’est plus élastique, reconnaît la directrice de production Marybel Bouvrette. On essaie le plus possible de respecter les normes AQTIS de 12 heures avec un arrêt après 6 heures. »

À partir de septembre, le cadre de travail de l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS) régira les productions de 30 000$ et plus, signant la fin des horaires prolongés pour boucler les budgets serrés.

Malgré ces revers, l’heure du vidéoclip n’a pas encore sonné. « Les artistes voudront toujours être vu sur les réseaux sociaux », plaide France-Aimy.

Si le clip a influencé la direction photo au cinéma ces 30 dernières années, l’inverse n’est pas exclu. Beyoncé a sorti un clip de 65 minutes digne d’un long métrage pour son album Lemonade. Des réalisateurs expérimentent de nouveaux formats à la frontière du documentaire et du clip, comme Didier Charrette avec Rush ft. Ouri, tourné à Fermont – subventionné par MuchFACT.

À l’aube d’une seconde vie du clip.

 

Liens :
Roméo et Fils
Le clip Lite Spots
La décision du CRTC
Rush ft. Ouri

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